Dans quelques jours j'allais passer l'échographie des 12 semaines, celle que j'attendais avec impatience, celle qui allait me rassurer, me permettre de te voir sur l'écran, toi qui devait commencer à gigoter.....celle qui allait donner le feu vert pour que nous puisssions annoncer la bonne nouvelle de ton existence à la famille...

Oui mais voilà, la vie en a apparement décidé autrement....

Mardi soir je me suis rendue compte que je perdais un peu de sang, très peu, mais suffisament pour que je passe un coup de fil aux sages-femmes, et qu'on me dise de me rendre aux urgences...

Comme nous avions vidé le garage dans l'après-midi,il s'agissait sans doute de ça : j'avais du trop en faire, mais il valait mieux contrôler....

C'est à 22h que j'ai été prise en charge de suite après notre arrivée aux urgences gynécologiques et obstétriques, et quelques minutes plus tard que j'ai vécu les minutes les plus longues de ma vie et entendu les mots les plus durs.

La perte de sang était en effet bégnine et sans conséquence.....par contre cet examen nous a appris quelque chose de bien plus dramatique.

Lorsque la sage-femme et son élève regardaient sur l'écran, mes yeux à moi étaient fixés sur cet écriteau, scotché en face de moi, au mur, je ne me souviens même plus ce qu'il racontait, et pourtant je l'ai lu en boucle plusieurs dizaines de fois.....pendant que du coin de l'oeil je voyais le visage fermé de la sage-femme....j'en ai fais des échos, et je savais que cette fois-ci, ce n'était pas bon....trop de silence.....trop le regard sombre...

Lorsqu'elle a demandé à son élève de lui donner le compte-rendu de l'écho passée en tout début de grossesse pour comparaison et qu'elle a soupiré, mes jambes ont commencé à trembler. De froid, (dieu que j'avais froid depuis que j'avais vu ce sang), mais de peur aussi...avant même qu'elle ne commence à me parler, le ciel me tombait sur la tête.

"Bon, je vais vous montrer ce qu'on voit", elle tourne l'écran et me montre...je ne suis pas pro, mais de suite je vois bien que c'est trop petit....

Puis les mots s'entre-choquent "trop petit", "pas d'activité cardiaque", "grossesse arrêtée", "fausse couche", "curetage".....

L'élève est allée chercher Mari, et elle est restée avec les garçons dans la salle d'attente.

La sage-femme ré-explique, essaye de rassurer "on ne peut pas se fier à une seule image et on peut faire une autre écho pour vérification dans 48 ou 72 heures", de consoler "pleurer, c'est normal, c'est dur", de faire relativiser "ça arrive très souvent à ce stade là", d'expliquer les possibilités pour la suite "fausse couche naturelle", "médicament", "curetage"....mais franchement je n'entend presque rien...je suis tellement sous le choc....

A peine le temps de comprendre ce qu'il se passe, déjà la sage-femme doit partir, elle est appellée pour un accouchement...elle se lève, on doit se lever aussi...elle nous dit que si on veut on peut l'attendre et on en reparlera ensuite,  que c'est important d'en parler...mais on lui répond que non, nous partons, que nous reviendrons dans 2 jours....J'essuie rapidement mes larmes, je cache mon mouchoir en papier et nous revoilà dans la salle d'attente, elle est pleine de gens, et je ressens un sentiment qui me surprend : j'ai honte. Je voudrais disparaître, moi et mon ventre arrondi qui est mort.

Puis une femme et son mari passe devant nous, elle semble être à terme et se tient le ventre, lui a une valise..elle vient pour accoucher, et de nouveau je ressens un sentiment qui me surprend et me fait peur : je baisse la tête pour ne surtout pas croiser son regard, je ne veux pas l'envier....je m'en veux de ressentir ça...

On récupère nos loustics qui jouent avec l'élève sage-femme à des puzzles/cubes. Je fais tout ce que je peux pour leur cacher mon état, et je crois que j'y arrive.

L'élève sage-femme nous souhaite bon courage et nous dit aurevoir....nous revoilà à faire le chemin inverse, dans ce grand parking noir, c'est irréel, vraiment je n'arrive pas à y croire...

Le retour en voiture se fait dans le silence  le plus complet....les enfants vont se coucher et s'endorment sans mal, il est tard et ils sont crevés.

C'est à ce moment là que je m'autorise à craquer, à pleurer vraiment.

Je regarde avec dégoût et angoisse (c'est horrible à dire) les 2 échos qu'elle nous a laissé, et des millions de questions et d'idées noires se mettent en place dans ma tête.

Comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte? pourquoi? et pourquoi il est encore en moi? pourquoi mon corps ne fait-il pas "son travail"? comment va se passer la suite? est-ce-qu'en plus de souffrir comme ça moralement je vais en plus souffrir physiquement? est-ce-que je vais tenir le coup?

Depuis mardi soir je me sens vide, dans tous les sens du terme...la lumière en moi s'est éteinte.

Ce bébé qui grandissait en moi m'apportait déjà tant....dès que j'avais un coup de mou, il me suffisait de penser à lui pour avoir de nouveau le sourire, il me suffisait de regarder mon ventre pour ressentir une grande vague d'amour....

Maintenant c'est l'inverse et je n'ose croiser mon reflet.....j'ai caché les vêtements de grossesse que je m'étais déjà acheté, les magazines qui trainaient dans le salon....et quand je pense qu'il y a quelques jours nous étions dans ce magasin à choisir notre poussette, comme de futurs parents légitimes et que désormais nous ne le sommes plus.

Je souffre trop.

Je sais que beaucoup de femmes ont déjà vécu ça, et j'ai toujours été d'une part épatée devant leur courage et d'autre part reconnaissante de ne jamais avoir eu à connaître ça......maintenant que c'est mon tour, je suis accablée de tristesse, et je me sens si incapable.

J'écris ses mots parce-que j'en ai ressentis le besoin, parce-que depuis mardi je suis quasi muette et qu'il parait qu'il faut en parler, évacuer....alors je le fais....ça ne me soulage pas vraiment à vrai dire, enfin, pas dans l'immédiat...

Je sais que si cet enfant devait ne jamais exister, c'est pour une bonne raison, que la nature, même si elle nous semble cruelle, fait  bien les choses, je sais que tous les jours d'autres femmes passent par là, souffrent et vivent ensuite de belles grossesses...je sais tout ça et je le savais même avant que ça ne m'arrive, mais là tout de suite je suis dans l'affect et mon affect est profondément blessé, je suis dévastée....

La nuit je fais énormément de cauchemars terribles, la journée je fais les choses machinalement pour ne surtout pas avoir à trop penser, je range, trie, lave.......et je me dis qu'il faut que je sois forte, demain je vais repasser une écho, et malgré le tout petit espoir qu'on me dise que finalement il y a évolution, je dois m'attendre et me préparer à entendre des mots définitifs...puis prendre une décision puisque mon corps semble ne pas avoir encore "compris" qu'il se passait quelque chose de grave...

Cette anné la vie m'offre un bien moche cadeau d'anniversaire, et je lui en veux tellement.............. :(